31 mai 2009
L'expé Pissis 2008 vue par Fabrice
Retrouvez les remarques et impressions de Fabrice sur son blog : http://fabriceontheroad.blogspot.com/
30 décembre 2008
Scoop !
Après recherches, il semble que le jour de notre ascension au sommet du Pissis, personne n'était au sommet de l'Aconcagua (plus haut sommet des Andes) car la saison n'était pas commencée. Il semble également qu'aucune ascension de l'Ojos del Salado (2ème sommet des Andes) na été réalisée à cause du mauvais temps sur ce massif.
De plus, si l'on considère que c'est l'hiver en Himalaya et que les ascensions hivernales y sont très rares, alors on peut imaginer que le 11 décembre 2008, nous étions les Hommes les plus haut sur Terre !
... Je continue à mener l'enquête pour pouvoir confirmer cette hypothèse.
15 décembre 2008
Buenos Aires (Argentine)
Dernier jour au pays des gauchos, des femmes magnifiques, de la viande et de la vie sans les barrières que nous, occidentaux, avons mis partout autour de nous.
Petite gueule de bois et petit déj dans un Buenos Aires dans l'agitation d'un début de semaine. Check out à 10h00 de l'hotel pour rejoindre l'aéroport... Manque de bol, on s'est trompé hier en remettant nos montres à l'heure de Buenos Aires... et il n'est pas 10h00 mais 12h00. L'avion est à 14h, l'aéroport est loin et ca doit pas bien rouler à cette heure. Petite panique. On saute dans deux taxis (on a tellement de bagages) en espérant qu'ils mettront les gaz après nos supplications. Heureusement, on est en Argentine et quand on donne à un argentin une raison de rouler vite, ca ne fait ni une ni deux.
Nous arriverons donc à temps pour prendre notre avion, et faire quelques courses !
A bientôt pour mon prochain voyage dans les Andes... cet été peut-être.
14 décembre 2008
Catamarca, puis Buenos Aires (Argentine)
Après une nuit dans le bus (mauvaise pour Fabrice, bonne pour Patrick et excellente pour moi... comme d'hab'), nous retrouvons Marcelo à Catamarca qui est venu nous chercher un dimanche matin au terminal de bus à 5h30 du matin ! Il nous conduit chez lui où nous discutons de notre séjour tout en prenant le petit déjeuner. Il nous emmène également faire une petite balade sur les hauteurs de Catamarca. C'est très sympa, mais nous sommes visiblement atteints tous les trois d'un bon vieux coup de fatigue. Ce n'est que la faim qui réveillera Patrick, se prenant subitement l'envie de dévorer quelques empanadas.
C'est l'heure de quitter Catamarca et Marcelo nous conduit à l'aéroport. Deux heures d'avion et une escale à La Rioja plus tard, nous nous retrouvons dans la chaleur et l'humidité de Buenos Aires. Il fait beau et nous posons nos sacs dégueulasses dans une auberge de jeunesse avant d'aller faire un peu de shopping dans la ville.
Tout cela ne pouvait se terminer sans une bonne viande ! C'est donc autour d'une d'une bonne table du quartier de Palermo, chargée de saucisse, de boudins, d'Ojo de Bife et autres vins de Mendoza que nous tenterons le suicide par la viande ! Et pour couroner le tout, nous sommes allé dans le quartier de Las Canitas prendre une glace chez Persicco, avant de finir par une bière à Palermo, au milieu des jeunes.
13 décembre 2008
Fiambala (Argentine)
Idem hier, mais avec le bus qui nous ramène de nuit à Catamarca en fin de journée.
12 décembre 2008
Fiambala (Argentine)
Journée de détente complète aux Termas de Fiambala !
11 décembre 2008
Pissis (Argentine)
Réveil en super forme pour moi, en moyenne forme pour Patrick et pas en forme du tout pour Fabrice. Nous avalons un petit déjeuner avant de partir vers le sommet. Je me goinfre au maximum de mes possibilités : cake, barres de pâte d'amande, pâtes de fruit, power gel, tout y passe pour ne pas être victime d'une fringale. Je bourre également mes poches de ces petites bricoles pour grignoter tout au long de l'ascension.
9h00. Théoriquement, il nous reste 500 mètres pour atteindre le sommet. Nous devrons pour cela tout d'abord remonter un petit névé avant d'attaquer une grande pente rocheuse et arriver à un col d'où un pente assez raide en mixte semble monter au sommet. Je carbure et ne pense qu'au sommet. J'ai un bon rythme et je fais peu de pauses, ce qui me met en avant de Patrick, suivi par Fabrice qui semble peiner dans la caillasse et avancer plus "à la volonté" qu'au physique.
Arrivé au petit col, je m'assois à l'abri du vent et en profite pour grignoter un peu, les yeux rivés vers ce qui m'attend plus haut. Je n'ai toujours pas soif et mon thermos reste dans mon sac. Il faut d'abord traverser un zone neigeuse avant de rejoindre des grosse pierres assez raides. Ca passe sans problème. Un autre petit névé, plus raide se présente à moi, puis quelques grosses caillasses qu'il me faut escalader avec les mains, puis, ca redevient vachement plat.
Vachement plat car je suis arrivé au sommet sans m'en être rendu compte ! Ce sommet est gigantesque, grand comme un terrain de foot. On y trouve plusieurs petits monticules naturels et ce n'est pas évident de déterminer celui qui semble être le plus haut. D'instinct je pars vers la gauche, mais au bout du plateau, je ne trouve rien qui puisse faire penser au sommet que nous a décrit Martin (avec sa fameuse croix) et qui ressemble aux photos que nous avons pu trouver. Je repars dans l'autre sens et tombe à l'autre bout du plateau sur le sommet tant espéré. A quelques mètres, je sors la caméra de Patrick que j'avais sur moi aujourd'hui pour filmer ce moment.
12h00. M'y voilà au sommet de ce Pissis. 6800 mètres, 3ème sommet du continent américain, la montagne pour nous tout seuls et le sommet pour MOI TOUT SEUL ! Quel bonheur, c'est le grand pied ! Je n'ai même pas froid et je m'installe entre les pierres du sommet pour feuilleter le libro de cumbre (livre de sommet signé par les précédents andinistes) et farfouiller dans la boîte à souvenirs dans laquelle on trouve un collier, des cartes de visite, des bouts de laine, et plein d'autres petites bricoles. J'y ajouterai d'ailleurs les miennes. Je suis bien ici. Cela n'a pas été aussi difficile que j'imaginais et je peux vraiment aprécier le moment pleinement.
Patrick me rejoint 20 minutes plus tard. Sur son visage, le sourire et le soulagement en disent long sur sa joie d'y être arrivé. Je suis vraiment bluffé : sans aucune expérience de la haute altitude et de l'andinisme, Patrick vient de s'avaler le Pissis pour premier 6000 ! Photos, congratulations. Il est vraiment fort !
Nous ne doutons pas un moment que Fabrice ne puisse nous rejoindre. Patrick me raconte le rythme qu'il avait et m'indique qu'il devrait cependant encore avoir besoin de pas mal de temps. Qu'à cela ne tienne, nous avons le temps et nous sommes bien, abrités dans les anfractuosités du petit monticule sommital.
40 minutes plus tard, Fabrice arrive au sommet. Il a l'air harrassé. C'est génial de se retrouver tous les 3 au sommet ! Nous passons encore quelques minutes pour que Fabrice puisse en profiter, puis commencant à avoir froid nous redescendons.
Patrick et moi redescendons très vite dans les caillasses, le sable et les parties neigeuses. Nous rejoignons en à peine une heure le camp 2 à 6300 mètres. Je fais chauffer le réchaud pour faire de l'eau (même s'il m'en reste plein mon thermos, que je n'ai pas touché) et commence à faire mon sac pour redescendre. Fabrice met un temps fou pour redescendre et cela m'inquiète. Je ne suis d'autant plus pas rassuré que je n'arrive pas à voir où il est, même avec les jumelles. Je suis inquiet et ennervé de ne pas le voir descendre. Enfin, au moment ou je m'apprétais à remonter le chercher, nous l'apercevons titubant sur le névé. Je vais à sa rencontre et le ramène au camp. Il me dit avoir peut-être un début d'oedème cérébral. Bien qu'ayant des doutes sur cette probabilité (je pense surtout à une grosse fringale), je ne veux pas laisser une seconde la situation risquer de se dégrader. Je brusque un peu Patrick en lui demandant d'accélerer le mouvement pour replier le camp, puis je demande à Fabrice de commencer à descendre lentement et prudemment pendant que nous finissons de démonter le camp.
Nous nous retrouvons tous les trois sur le glacier où Fabrice semble retrouver un peu la forme. Nous décidons de redescendre d'un trait au Camp de base et que Patrick restera avec Fabrice alors, que je descendrai devant pour rejoindre Diego et Martin. Du camp de base je rentrerai en contact par talkie walkie avec Patrick pour savoir où ils en sont et, au besoin remonter avec Diego et Martin.
La descente est longue mais je suis heureux et je ne sens pas mes jambes et la fatigue. J'arrive au camp de base vers 19h et retrouve nos compères argentins qui me félicitent pour le sommet. Je leur parle de l'étatde Fabrice et Diego me dit qu'il est prêt à faire le trajet de retour vers Fiambala de nuit si nous voulons. Cette idée ne me déplaît pas.
Patrick et Fabrice (qui va beaucoup mieux) arrivent au couché du soleil et nous prenons la décision de rentrer à Fiambala directement ! Le trajet est mystérieux, car à la lueur de la pleine lune... C'est magique !
A Fiambala, malgré l'heure tardive (1h du matin) nous arrivons encore à l'heure pour aller dévorer une bonne viande à LA ROMA !
Donc, voici pour récapituler la journée :
- nuit à 6300 m
- 500 de dénivellée positive
- sommet à 6800 m
- 2200 m de dénivellée négative pour retourner au camp de base
- retour à Fiambala, à 1500 m, soit 5300 m plus bas que le sommet !
- Bife de chorizo et bière à LA ROMA !
Voilà ce que j'appelle une journée bien remplie !
10 décembre 2008
Pissis (Argentine)
Réveil en douceur après une nuit qui aura été bonne pour Patrick et moi mais toujours pas terrible pour Fabrice. Dès les premiers mètres nous attaquons le glacier. Quel bonheur de remettre les crampons et de progresser sur cette neige dure idéale !
La pente est tout d'abord très douce, puis se redresse lentement pour atteindre les 40° environ sur notre itinéraire. Je suis toujours autant en forme et s'en m'en apercevoir, je passe le cap des 6000 mètres alègrement. Suivant mon rythme je passe devant et arrive le premier au camp 2, situé dans une petite combe à 6300 mètres.
Même en pleine forme, je dois avouer qu'installer un camp à cette altitude, ce n'est pas de tout repos. Il n'y a pas de plateforme pour poser les tentes, pas de pierres à proximité pour les arrimer et pour tout arranger le vent souffle vraiment très fort. Mais c'est plus fort que moi : je suis super content d'être là et c'est comme si j'avais un immense sourire intérieur en permanence. Pour la première fois je me dis qu'à part les caprices de la météo, rien ne peut objectivement m'empêcher d'atteindre ce très haut sommet.
Traditionnel rituel de la fonte de neige au réchaud pour remplir nos thermos et nous sommes rentrés dans nos tentes juste avant que le soleil ne disparaisse, c'est à dire juste avant la grosse caillante ! Je suis toujours motivé comme pas deux et je me goinffre de tout ce que je peux pour emmagasiner des calories pour demain. Le seul truc sur lequel je n'arrive pas à me discipliner c'est de boire beaucoup. Ca tombe bien car il n'y a pas beaucoup à boire (pas beaucoup de volontaires pour surveiller le réchaud qui fait fondre la neige) !
Je m'endors comme un bébé vers 19h
09 décembre 2008
Pissis (Argentine)
Nous partons du camp de base vers 10h du matin et laissons Diego et Martin s'y acclimater (c'est le début de la saison pour eux). Le début de notre montée est évident puisqu'il hes'agit de suivre le cours d'une grande quebrada (ravin). Nous sommes en pleine forme et je crois que je ne me suis jamais senti aussi bien sur une montagne. Mon sac semble ne rien peser et je ne ressent pas le besoin de faire de pause. Cette journée de repos à Fiambala a vraiment été bienfaitrice.
Alors qu'il faut en général entre 5 et 6 heures pour monter au camp 1, nous atteignons celui-ci en 4 heures, pour nous retrouver à 5300 mètres, au bord du glacier. Le temps est toujours beau et les petits murets de pierres qu'on trouve sur ce camp nous abritent du vent qui commence à se lever. Nous nous ennivrons du panorama qui nous entoure et je rève déjà d'autre sommets.
Patrick (mon compagnon de tente) et moi entamons une grande conversation gastronomique sous la tente avant de nous endormir... le moral est au beau fixe !
08 décembre 2008
Sur la piste vers le Monte Pissis
Diego et Martin passent nous prendre vers 10h du matin à la hosteria. Nous chargeons le 4x4 de nos sacs et partons pour 5 heures de route/piste/traces INCROYABLES ! En sept voyages dans les Andes, je crois que je n'avais pas encore vu de paysages aussi immenses et magnifiques.
Les lagunas de toutes les couleurs et de toutes les tailles succèdent aux étendues désertiques, le tout sous les sommets les plus hautes des Andes : Ojos del Salado, Nacimiento, Walter Penck, Tres Cruces, etc. Nous sommes au paradis et je ne peux pas m'empêcher (comme d'habitude dans ces moments) de prendre quelques photos originales.
Au fur et à mesure que nous roulons, la masse gigantesque du Pissis se rapproche de nous. Ce massif de plus de 20 km de large est complexe puisqu'on y compte pas moins de huit sommets, dont le principal est plus élevé de 12 mètres seulement du second. C'est également un des rares massifs sur lequel on trouve un vrai glacier.
Nous arrivons en fin d'après midi au camp de base du Pissis, situé à environ 4700m. Le temps est magnifique. Nous plantons les tentes puis grignotons et bavardons avec Diego et Martin qui sont deux argentins vraiment adorables. Diego est un bonhomme très (trop ?) calme, qui parle lentement et de façon très douce, alors que Martin (de Buenos Aires) est un petit gars très marrant, bavard et très motivant quand il s'agit de nous parler de cette montagne qu'il adore et que nous nous apprêtons à gravir. Il faut dire qu'après l'avoir escaladé une première fois, Martin s'est offusqué de ne pas trouver de croix sur le 3ème sommet des Andes, qui plus est sur un sommet argentin. Il y est donc retourné pour apporter la croix qu'on y trouve aujourd'hui !
07 décembre 2008
Fiambala (Argentine)
Aujourd'hui c'est notre journée de repos ! Au programme : grasse matinée, courses de bouffe et nous sautons dans un taxi qui nous emmène aux "célèbres" Termas de Fiambala. Cette source d'eau chaude a été amménagée en 17 piscines de températures différentes, échelonnées entre 48°c et 24°c ! C'est un peu le paradis, même si aujourd'hui nous sommes Dimanche et qu'il y a un peu plus de monde que d'habitude. Nous sommes venus avec nos pièces de viande que nous faisons griller sur les parilla prévues à cet effet pour qui veut.
Rien de tel que deux bons morceaux de Vacio et de Bife de Lomo accompagnés d'un bon vin rouge du coin pour se refaire une santé... avant de passer l'après midi immergé mollement dans les eaux chaudes des termas !
A notre retour nous visitons le récent petit musée de l'homme de Fiambala qui comporte une section très intéressante réservée aux sommets de plus de 6000 m de la Puna. En repassant par la place du village, nous sacrifions à une des traditions argentines les plus agréables : le cornet de glace (enfin pour moi, ca sera un pot de 250g) à déguster assis sur un banc, les yeux dans le vide ou en observant les voitures qui tournent doucement autour de la place. Un moment important dans la journée.
De retour à la hosteria municipal, nous rageons notre chambre (qui ressemble à un champ de bataille avec notre matériel éparpillé dans tous les sens) et préparons nos sacs pour demain avant d'aller dévorer une Bife de Chorizo (encore) à la ROMA. Demain nous partons pour l'objectif principal de notre expé : le PISSIS et ses 6800 mètres.
06 décembre 2008
Incahuasi (Argentine)
En tout cas ce n'est pas Fabrice qui aura été requinqué par cette nuit. Le pauvre n'a presque pas fermé l'oeil de la nuit (un peu comme d'habitude en altitude pour lui, malheureusement), alors que Patrick et moi avons réussi à nous reposer.
Le réveil à 4h du matin n'est pas folichon et nous ne pouvons allumer le réchaud dehors à cause du vent. Nous sortons donc le petit réchaud à gaz qu'il est possible d'utiliser dans la tente... mais qui est beaucoup plus lent que notre réchaud à essence et il me faudra pas moins de deux heures pour remplir nos trois thermos d'eau chaude. Quelle galère ! Nous partons donc vers les hauteurs à 7h et je suis bien ennervé par cette séance de fonte, tordu en deux dans l'absyde de la tente. Fabrice est cassé et a beaucoup de mal à nous suivre alors que nous n'avancons pas vite. Il décide de nous lâcher. Ce n'est pas son jour. Patrick me suit dans la traversée hasardeuse du névé qui nous barre le chemin. Comme un con j'ai, deux jours plus tôt, assuré à mes accolytes que nous n'aurions pas besoin de crampons... alors qu'aujourd'hui, rien n'aurait été plus utile. Suite à cette traversée glissante, j'entraîne Patrick dans une pente de sable et de rochers instables, de plus en plus raide. En fait, pendant deux heures, j'ai l'impression de prendre mauvaise décision sur mauvaise décision et de persister à fond dans mes erreurs. Patrick est novice et sympa, il ne me fait aucune remarque, alors qu'il y aurait de quoi faire ! Vers 10h du matin, je sais déjà que pour moi, le sommet sera innateignable aujourd'hui. Je suis énnervé par la tournure de ce début de matinée et par un deuxième échec qui se profile pour moi sur l'Incahuasi.
Vers 6000 mètres je décide de redescendre et je laisse Patrick rejoindre Fabrice, qui, ayant retrouvé des forces, a continué à monter doucement mais sûrement par la voie que nous aurions mieux fait d'emprunter depuis le début Patrick et moi. Ils ne monteront pas beaucoup plus haut et me retrouveront au camp à peine une heure plus tard, alors que je suis affalé dans ma tente où il fait une chaleur d'enfer.
Nous devrons nous faire violence pour lever le camp et redescendre jusqu'au pied de l'Incahuasi, où nous retrouverons avec un peu de retard le 4x4 qui nous redescend directement à Fiambala, soit dans la même journée une altitude max. de 6000 m et une altitude min. de 1500 m ! Le dîner et la nuit furent mémorables !
05 décembre 2008
Incahuasi (Argentine)
Après une bonne nuit à l'abri du vent, nous attaquons les choses sérieuses en montant au col situé entre l'Incahuasi et l'Incahuasi Chico. Cette bavante, longue et difficile, dont une bonne partie est réalisée dans des passages sableux nous mène au camp d'altitude, à 5650m. Là nous montons nos tente lentement, un peu hébétés par l'essouflement et la fatigue. Puis commence l'activité numéro un quand on se trouve en altitude : faire fondre de la neige pour faire de l'eau. Comme vous pouvez l'imaginer, c'est passionnant.
La perspective de la journée de demain m'effraye un peu : nous sommes censés avaler les 1000 mètres de dénivelée qui nous séparent du sommet, sachant que les premiers 600 mètres sont durs, que les 200 suivants sont épuisants et dangeureux et que les 200 derniers sont interminablement longs. Il y a trois ans, j'avais été contraint de stopper mon ascension à 6400m, faute de "jus" pour continuer, et aujourd'hui j'avoue que je ne me sens pas plus en forme que la première fois. Mais bon, une bonne soupe à la tomate et un nuit à 5650 mètres peuvent me requinquer, on ne sait jamais !
04 décembre 2008
Incahuasi (Argentine)
Petit déjeuner dans le vent avant de monter à 4900 m où nous trouvons un petit ravin, idéal pour planter nos tentes à l'abri du vent. Pour les arrimer, nous utilisons les pénitents qui sont là (les pénitents sont des lames de neige formées par l'évaporation due aux rayonnements très importants du soleil). Nous montons ensuite, toujours pour reconnaître la voie de Marcelo. Cette fois-ci nous en attaquons les premières longueurs. Le terrain est vraiment très moyen : de grosses pierres instables posées sur un sable très meuble... pas terrible, d'autant plus que cela à l'air de durer pendant des heures. Les efforts que cela représenterait ne nous semblent pas très réalisables avec notre faible acclimatation et nos gros sacs. Nous emprunterons donc demain la voie plus classique, dite des "volcancitos", celle que j'avais déjà utilisé il y a 3 ans.
03 décembre 2008
Incahuasi (Argentine)
Ce matin nous partons pour l'Incahuasi, troisième et dernier volet de notre phase d'acclimatation... Mais quel volet ! Cet énorme volcan de 6621 mètres surplombe toute la zone de sa masse imposante et colorée. Nous avons décidé de passer 4 jours sur ses flancs et de tenter son sommet si notre acclimatation est suffisante. Nous avons de la chance, le 4x4 de la Vialidad à des pneus tous neufs et Oscar peut nous avancer jusqu'au pied du volcan, ce qui nous fait gagner 20 km, soit une journée de marche peu intéressante.
Nous plantons donc nos tentes à 4600 mètres d'altitude, sous un vent persistant. Une fois le camp installé, nous décidons de monter reconnaître la voie que nous a conseillé Marcelo. Nous grimpons jusqu'à 5100m et cette voie nous semble faisable, même si assez raide. Les paysages de l'Incahuasi sont immenses et les vagues de sable créées par le vent alternent avec des couleurs rouges et noires assez iréelles. Quelle beauté !
Notre première nuit sous la tente sera bien agitée car le vent ne cesse de soufler. Enfin, c'est qu'on m'a dit car moi sous la tente... j'écrase !
02 décembre 2008
Las Grutas (Argentine)
Ce matin, les choses sérieuses commencent, mais je suis vraiment le seul à le savoir car Fabrice et Patrick sont loin de se douter ce que représente l'ascension du Cerro Beltran (5300m), sommet qui n'a l'air de rien et semble relativement près de Las Grutas.
En fait -et tant mieux pour eux- mes deux accolytes sont en super forme et me larguent assez rapidement. Cela ne me déplaît pas car j'adore être seul dans ces paysages géants. Le hic c'est que je ne me sens vraiment pas bien : aujourd'hui ce n'est pas le mal de tête mon pire énnemi, mais le mal au coeur. Pour résumer mon ascension, disons que j'ai vomi 5 fois (dont une à 2 mètres du sommet alors que je retrouvais Fabrice et Patrick, cf. photo) et que cette "tuerie" aura duré 9h. L'ascension du Cerro Beltran est vraiment exigeante car outre les 1300 mètres de dénivelée (à redescendre ensuite), il faut ajouter une distance totale parcourue de 24 km. Pour un deuxième jour en altitude c'est beaucoup, mais c'est ce qu'il faut pour s'acclimater. C'était ma deuxième ascension du Cerro Beltran et je pense que cela fut également la dernière.
Inutile de vous préciser que la nuit qui a suivi fut bonne.
01 décembre 2008
Las Grutas (Argentine)
La nuit n'a pas été très bonne car le mal de tête est encore bien présent. Dans la matinée, chacun de nous trois part se balader de son côté. Patrick ne va pas très loin et décide de bouquiner au soleil (qui tape très très fort) ; Fabrice, lui part d'entrée de jeu sur les flancs du Cerro Beltran, qui avec ses 5300 mètres est notre objectif de demain. Il montera jusqu'à 4600 mètres ce matin. Quant à moi, je vais trouver les cendres de mon ami Guillermo Heer avec qui j'étais venu ici pour faire quelques sommets et qui s'est tué il y a deux ans dans les Andes péruviennes. Je suis content de voir qu'il a trouvé le repos dans un des plus beaux cimetières qu'on puisse imaginer.
Sur mon retour à Las Grutas, je passe par un endroit où ont été construites quelques petites cabanes, aujourd'hui inoccupées. Je découvre également un cours d'eau dans lequel il me semble apercevoir des poissons, ce qui ne serait pas impossible puisque le patron de la ROMA nous a indiqué hier soir qu'il péchait des truites de 30 centimètres à plus de 3000 mètres d'altitude !
Après un déjeuner léger nous partons pour la première partie de notre acclimatation : le "sommet" du Falso Morrocho, sorte de grosse colline qui culmine à un peu plus de 4500 m. Nous avalons facilement cette très belle balade en trois heures, tout comme le plat de pâtes au thon que nous nous concoctons à notre retour à Las Grutas !
30 novembre 2008
Las Grutas (Argentine)
Après une bonne nuit et quelques courses de bouffes, nous nous entassons avec nos sacs dans la 306 break qui va nous monter sur la Puna. La route que nous empruntons est celle qui mène au Chili, via le Paso de San Francisco. Les 500 km d'asphalte sont, par rapport au reste du réseau routier argentin, d'une qualité impressionnante. C'est d'autant plus incompréhensible qu'au plus fort du traffic, on doit y croiser tout au plus 5 à 10 véhicules par jour. Allez comprendre. En tout cas, ce trajet qui nous propulse vers le haut, est vraiment d'une beauté inouïe. La maigre végétation disparaît petit à petit pour laisser place à un univers totalement minéral où le ciel prend une place plus importante qu'ailleurs.
En 3h nous arrivons au poste de Las Grutas, situé à 200 km de toute agglomération. Nous nous enregistrons au poste de gendarmerie puis gagnons le poste de la Vialidad (voirie) qui nous accueille pendant quelques jours. Ici, au pied de deux sommets de plus de 6000 mètres vivent Armando et Oscar, employés de la Vialidad qui se relaient avec une autre équipe tous les 20 jours pour entretenir ce petit refuge qui sert aux automobilistes ou motards imprudents, ou bien aux andinistes qui comme nous trouvent l'endroit idéal pour s'acclimater à l'altitude. J'y avais déjà passé une semaine il y a trois ans et j'avoue qu'à part la construction d'un horrible hangar de tôle, l'endroit n'a guère changé. Même Diana, la chienne de la Vialidad est toujours là. Je suis en quelque sorte comme à la maison !
Mais, comme je l'attendais, le mal de crâne dû à l'altitude arrive, accompagné d'une petite nausée lancinante. Pour penser à autre chose, j'emmène Patrick et Fabrice aux Termas situés à 20 minutes de marche de Las Grutas. Hélas, le petit muret surplombé d'une tôle de mes souvenirs a été victime d'une tentative d'urbanisme et on ne peut plus voir l'imposant massif de l'Incahuasi depuis la petite piscine d'eau chaude naturelle. Mais bon, ne soyons pas difficiles : l'endroit est tout de même fabuleux et s'immerger dans cette eau chaude, perdus au milieu de nulle part après ces dizaines d'heures de voyage... C'est vraiment bon !
29 novembre 2008
Catamarca (Argentine)
Nous débarquons à Catamarca en début de matinée. Il fait chaud et le soleil tape déjà fort. Sur la place centrale, en face de la cathédrale rose, nous retrouvons Marcelo, notre "appui logistique". Il nous emmène chez lui, où nous peaufinons quelques détails de nos ascensions : dates de dépose et de reprise, matériel, voies, etc. Marcelo est un type d'une quarantaine d'années qui ne paye pas de mine. On ne se doute pas qu'il a gravi la plupart des plus hauts sommets argentins et exploré les coins les plus reculés des hauts plateaux des Andes. Avec son associé Diego, il a monté une agence de guides d'aide aux expéditions.
Vers 12h nous embarquons dans un autre bus pour commencer à monter dans la cordillière. Direction Fiambala, une petite bourgade de 4000 habitants perchée à 1500 mètres. Au bout d'à peine deux heures, notre bus tombe en panne et nous sommes obligés de faire halte dans un petit bled (cf. photo). Coup de bol, nous n'attendrons qu'à peine une heure un autre bus, et en définitive nous arrivons à Fiambala quasiment à l'heure prévue.
Je retrouve trois ans plus tard cette petite ville paisible, baignée par le soleil et entourée des imposantes murailles de la pré-cordillière. Ici, tout le monde se connait et on vit à un rythme curieux : les magasins ouvrent tous les jours vers 10h et ferment vers 13h, pour ne rouvrir qu'à 19h ! Il faut dire qu'à Fiambala (comme presque partout en Argentine) on dîne rarement avant 22h30.
Nous posons nos gros sacs à la Hosteria Municipal, sorte d'hôtel bas de gamme géré par la mairie. Pas de bol, le bâtiment est en cours d'extension et en pleins travaux. Il faut dire que dans 3 semaines, le rallye Paris Dakar passera par là... A la vue du rythme où vont les ouvriers, nous doutons que cela soit prêt à temps. Sur la place principale du village je retrouve avec grand plaisir Jonson Reynoso, véritable légende vivante dans le tout petit milieu des Andinistes qui veulent s'aventurer dans ce coin de la Cordillière. Nous discutons de nos projets et de Fernando, un ami commun (avec lequel j'étais déjà venu dans la zone en 2005). Il nous arrange une voiture pour le lendemain afin de monter sur la Puna (haut plateau, où le plancher des vaches est à 4000 mètres).
Nous dînons dans ce qu'il est convenu d'appeler l'institution de Fiambala : la pizzeria ROMA, qui est ici en quelques sortes le seul resto digne de ce nom. Comme le décor, le patron n'a pas changé et j'ai de plus en plus l'impression d'avoir quitté l'endroit il n'y a pas si longtemps.
28 novembre 2008
Buenos Aires (Argentine)
Arrivée ce matin vers 11h30 à Buenos Aires après un voyage long et sans histoires. Fabrice et moi sautons dans un taxi pour le centre, où nous retrouvons Patrick qui est là depuis hier. Il fait chaud et humide, mais rien comparé à la veille, où Patrick à eu plus de 40°c. Histoire de nous persuader que nous sommes bien en terre argentine, nous fonçons nous empifrer 3 bife de chorizo de tailles respectables, c'est à dire autour des 500g la pièce, le tout arrosé d'une bonne Quilmes, la bière locale et incontournable.
Nous passons l'après-midi à nous balader dans cette ville que j'aime beaucoup, avant de rejoindre l'énorme terminal de bus Retiro, qui me fascine toujours autant : des dizaines de bus se croisent en permanence, jour et nuit, pour toutes les destinations, nationales et internationales.
Notre bus est un Cama Suite, c'est à dire le top du top : sièges en cuir dignes d'une 1ère classe, totalement inclinables, service de bouffe à bord et hotesse charmante. Patrick testera même le digestif, un whisky servi avec glaçons dans un vrai verre à whisky, alors que je suis déjà entrain de commencer ma nuit. Demain, nous nous réveillerons à San Fernando del Valle de Catamarca (Catamarca pour faire plus court), à un peu plus de 1000 km à l'Ouest de Buenos Aires, aux pieds des Andes.






























































































