Campo alto - un peu plus haut - Refugio las Zorritas (Chili)
3h30. J'ai pu dormir un peu. Fabrice n'a pas fermé l'oeil et à bien mal à la tête.
Dehors il fait très froid et il y souffle un petit vent bien sympa pour tenter d'allumer le réchaud ! Le fait de sortir de la tente redonne du peps à Fabrice et après nous être équipé comme pour une mission en antarctique, nous commençons notre ascension à 4h49.
La première heure est très dure : une pente importante, des cailloux instables et une route difficile à définir. De plus, je n'arrive pas à trouver le juste habillement... Un coup j'ai trop chaud, un coup, je gèle.
Nous arrivons au pied d'un petit couloir bien raide et enneigé. On enfile les crampons. Enfin nous allons pouvoir progresser plus rapidement que sur ces caillasses !
Une heure dans ce petit couloir à progresser comme on peut dans cette neige croûtée et parfois dans de mini-pénitents et nous débouchons sur un énorme névé un peu moins raide. Le jour se lève lentement et le spectacle est magnifique. Malheureusement, j'ai super froid aux pieds et je ne profite pas bien de l'instant et de l'ascension. Même si je progresse à la même vitesse que Fabrice sans trop forcer, je ne sais pas ce que j'ai exactement, mais ca ne va pas.
Nous arrivons à un gros monticule qui divise le névé et deux. De quel côté prendre ? Nous pensions avoir étudié la voie jusqu'à la connaître par coeur, mais à cette altitude et dans ce froid nous ne sommes plus très sûrs de nous. Nous devons finalement agrandir une photo numérique sur mon appareil pour prendre la décision de passer à gauche du machin... et pour nous apercevoir que nous sommes encore très très bas ! Un moment de découragement m'envahit. Et puis nous repartons vers le haut, dans un petit couloir, toujours avec les pieds gelés en ce qui me concerne.
Au sortir de ce couloir, c'est un choc : Nous sommes sous le Portezuelo (col) entre les deux sommets ! Nous étions en fait bien plus haut que nous le pensions ! Les sentiments se bousculent et je me vois déjà au sommet !
Mais le chemin est encore très long et il fait toujours aussi froid. Je ne sais pas si ce sont les milliers d'images et de pensées dans ma tête, la peur, l'impatience, le manque d'expérience ou bien mes pieds gelés qui m'épuisent, mais à 6420 mètres, je prends la décision d'arrêter et de redescendre. Oh, je sais très bien que je regretterai ce moment toute ma vie, mais sur l'instant il ne reste plus que ce mot dans ma tête : redescendre. Quelques photos, deux ou trois mots et recommandations à Fabrice qui continue et je fait volte face.
Mon retour vers la tente est long et pénible. La neige est plus molle et je m'y enfonce parfois jusqu'au dessus des genoux. Je fais de nombreuses pauses. Quelle connerie. Je suis à la fois soulagé de redescendre et dégoûté d'avoir pris cette décision. Le Llullaillaco dont je rêve depuis des années ne sera pas à mon tableau de chasse et je termine mon voyage sur un énième échec montagnard. Il faut que je m'y résolve : ce genre d'exploit n'est pas vraiment fait pour moi. Il va falloir que je trouve autre chose pour me motiver à l'avenir.
Bon sang, qu'il fait chaud dans cette tente ! C'est impossible d'y tenir plus de 5 minutes et je trouve un endroit presque confortable au pied d'un gros rocher pour re-re-re-re-relire le vieux Nouvel Observateur (beurk) que je trimballe depuis des jours ! L'attente est longue et je commence à me faire des films un peu noirs... Mais finalement, j'aperçois Fabrice de retour qui descend une petite pente de sable comme un cabri. Il est allé jusqu'au 6730 mètres du sommet. Bravo. Ce n'est pas mon genre d'habitude, mais je dois reconnaître qu'intérieurement je suis jaloux et très très déçu de tout ce gâchis et de moi.
Nous remballons notre campo alto et entamons la redescente vers la voiture. Cette partie me semble interminable et le sac pèse une tonne sur mes épaules. Je marmonne mes idées noires sous le cagnard mordant. Vraiment mordant.
De retour au refuge, nous discutons avec deux militaires qui s'incrustent dans notre "chambre". Ils sont sympas mais nous sommes tellement crevés ! Nous en profitons pour leur demander si nous pouvons prendre une douche dans leurs baraquements ! Quel pied de se laver et de se prélasser quelques instants sous l'eau chaude !
Ce soir, pas de dîner, nous n'avons pas faim. D'ailleurs, nous n'avons pas déjeuner non plus et ce sont les quelques biscuits (Oreo) et le Tang qui nous "font tenir" depuis 3h30 du mat'.




